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Hypnose : ce que dit la recherche, et ce qu'elle ne dit pas encore

Entre les articles enthousiastes et les moqueries, difficile de savoir où en est vraiment la science. Nous avons repris l'évaluation publique la plus citée en France et les raisons pour lesquelles l'hypnose reste si compliquée à étudier.

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Échelle de bibliothèque appuyée contre de hauts rayonnages de livres anciens

Un mardi matin, un titre passe dans le fil d'actualité : « L'hypnose aussi efficace qu'un médicament ». Le lendemain, un autre explique qu'il s'agit d'un simple effet placebo. Les deux ont l'air sûrs d'eux, et le lecteur reste avec une impression de brouillard. La réalité de la recherche est moins tranchée que l'un et l'autre, et plus intéressante à regarder de près.

L'évaluation de l'Inserm en 2015

En France, le document de référence reste l'évaluation publiée en 2015 par l'Inserm, l'organisme public de recherche médicale, à la demande des pouvoirs publics. Les auteurs ne sont pas partis de témoignages : ils ont rassemblé les essais et les revues de la littérature disponibles, puis ils ont regardé usage par usage ce qui tenait la route.

Leurs conclusions, résumées prudemment, sont les suivantes :

  • dans un petit nombre de situations, les données sont encourageantes, en particulier pendant certaines interventions réalisées sous anesthésie, où l'hypnose associée aux soins habituels semble permettre de consommer moins de médicaments sédatifs ;
  • pour la plupart des autres usages, les preuves sont insuffisantes : soit les études manquent, soit elles sont trop petites ou trop fragiles pour conclure dans un sens ou dans l'autre ;
  • peu d'effets indésirables sont rapportés, avec toutefois un appel à la prudence chez les personnes qui présentent des troubles psychiatriques ;
  • des études de meilleure qualité sont nécessaires, avec davantage de participants et des protocoles mieux décrits.

Ce n'est ni un blanc-seing, ni une condamnation. Le rapport dit en substance : il y a quelque chose à creuser dans quelques contextes précis, et on ne sait pas encore grand-chose pour le reste. Ce constat éclaire d'ailleurs la manière dont l'hypnose a trouvé la place qu'elle occupe aujourd'hui dans les services hospitaliers, surtout autour du bloc opératoire et des gestes techniques.

Depuis, d'autres revues ont été publiées, sur la douleur pendant les actes médicaux, sur l'anxiété avant une opération ou sur l'inconfort lié à certains examens. Elles vont souvent dans le même sens : des signaux intéressants dans des situations encadrées, une qualité de preuve qui reste modeste, et des résultats très variables d'une étude à l'autre.

Pourquoi l'hypnose est si difficile à étudier

Pour tester un médicament, on compare deux groupes tirés au sort : l'un reçoit la molécule, l'autre une gélule identique mais vide. Ni les participants ni les médecins ne savent qui a reçu quoi. C'est le fameux essai en double aveugle, la méthode la plus solide dont on dispose. Avec l'hypnose, presque rien de ce schéma ne fonctionne.

Pas de vrai placebo

Une gélule vide, c'est facile. Une « fausse hypnose » crédible, beaucoup moins. Si l'on propose au groupe témoin une simple conversation, une musique douce ou un temps de repos, on ne compare plus l'hypnose à rien : on la compare à une autre forme d'attention portée à la personne, qui peut elle-même apporter du confort. Les écarts observés deviennent alors difficiles à interpréter.

Le double aveugle est impossible

Le participant sait qu'il vit une séance d'hypnose, et le praticien sait ce qu'il fait. On peut au mieux confier l'évaluation des résultats à une personne qui ignore dans quel groupe était chacun, ce qui améliore les choses sans les rendre parfaites. Les attentes de chacun pèsent forcément un peu sur ce qu'il rapporte.

Un praticien n'est pas une molécule

Deux comprimés d'une même boîte sont identiques. Deux séances d'hypnose, même menées par la même personne, ne le sont jamais. Entre deux praticiens, la voix, le rythme, les images employées, la durée, la relation qui s'installe changent tout. Quand une étude conclut qu'« un protocole » donne de bons résultats, on ne sait pas toujours s'il se reproduirait ailleurs, avec une autre équipe.

À cela s'ajoutent des difficultés plus banales : des effectifs souvent réduits, des critères mesurés très différents d'un essai à l'autre (une échelle de ressenti ici, une dose de médicament là), et une tendance générale, dans toute la recherche, à publier plus volontiers les résultats positifs que les résultats nuls.

Comment lire une étude ou un titre de presse

Pas besoin d'être chercheur pour garder la tête froide. Quelques questions simples font déjà un bon tri.

  1. De quoi parle-t-on exactement ? « L'hypnose fonctionne » ne veut rien dire. Pour quel usage, dans quel contexte, chez qui ? Un résultat obtenu pendant une intervention au bloc ne dit rien d'un autre usage.
  2. Combien de participants ? Une étude sur vingt personnes peut être intéressante, mais elle ne prouve pas grand-chose seule.
  3. Contre quoi compare-t-on ? Contre rien du tout, contre une écoute attentive, contre les soins habituels ? La réponse change complètement la portée du résultat.
  4. S'agit-il d'une étude isolée ou d'une revue ? Une revue de la littérature, qui rassemble de nombreux essais, pèse plus lourd qu'un travail unique, aussi spectaculaire soit-il.
  5. Que mesure-t-on ? Un ressenti déclaré, un comportement observé, une quantité de médicament consommée : tous ces critères ont du sens, mais ils ne racontent pas la même chose.
  6. Le titre reprend-il fidèlement la conclusion des auteurs ? Très souvent, l'article scientifique dit « résultats encourageants, à confirmer », et le titre devient « l'hypnose bat les médicaments ».

Un bon réflexe consiste aussi à se méfier des chiffres trop ronds et trop beaux, et des articles qui ne citent aucune limite. Une recherche sérieuse en signale toujours.

Ce qu'on peut raisonnablement en retenir

L'hypnose est un phénomène réel, observable, que la recherche prend au sérieux depuis longtemps, comme le montrent deux siècles de controverses et de redécouvertes. Elle semble utile, en appoint, dans quelques situations médicales bien délimitées, quand elle est pratiquée par des professionnels formés, dans un cadre hospitalier, et toujours associée à la prise en charge habituelle. Dans ces contextes, certains patients rapportent aussi un vécu plus confortable de l'intervention, ce qui compte en soi.

Pour beaucoup d'autres usages mis en avant ici ou là, on ne sait pas encore. Cela ne veut pas dire que rien ne se passe, mais qu'aucune étude solide ne permet de l'affirmer. Une personne qui apprécie une séance pour la détente qu'elle y trouve n'a pas besoin d'une preuve scientifique pour s'en faire une idée. En revanche, toute promesse de résultat sur un problème de santé sort de ce que la recherche permet de dire, et doit alerter. C'est d'ailleurs l'un des critères qui aident à repérer un praticien sérieux parmi des offres très inégales.

La recherche avance, des essais mieux construits sont en cours dans plusieurs pays, et le tableau évoluera sans doute. D'ici là, l'hypnose trouve sa juste place à côté de la médecine, pas en face d'elle.